Montpellier, le 20 février 2026
Mourir, même pas sur scène
Plusieurs éléments concordants amènent les représentant·e·s syndicales et syndicaux de l’Abes à craindre que les dernières Journées Abes (Jabes) aient en fait eu lieu… en 2024.
Les « Jabes 2025 » avaient été l’occasion de tester des « Journées thématiques », bien loin du format qui permettait habituellement qu’un large éventail de professionnel·le·s se rencontre, lance des idées et initie des collaborations fructueuses. Malheureusement, 2026 sera encore pire !
La hiérarchie a annoncé à une partie des agent·e·s sa volonté de réduire les Journées Abes 2026 à un jour et demi au lieu de deux, de déprogrammer les ateliers qui, traditionnellement, permettaient les échanges entre l’Abes et ses réseaux, mais également de supprimer le cocktail, moment de convivialité majeur permettant de nombreuses discussions et surtout l’enrichissement de notre culture professionnelle.
Les raisons invoquées ? Tantôt une décision imposée par le MESRE (Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace) qui empêcherait toute dépense jugée « somptuaire », tantôt la volonté d’alléger la charge de travail qui pèserait sur les collègues devant animer les ateliers.
Cela nous semble bien éloigné de la réalité. En 2024, les journées ABES ont été bénéficiaires à hauteur de 12 000 €, car les inscrits sont traditionnellement nombreux, ce qui attire par ailleurs les sponsors. Le financement de cet événement se fait donc essentiellement sur ressources propres, et non pas via la subvention reçue du Ministère. Quant à la charge de travail, aucun·e collègue n’a été sollicité·e pour savoir si l’animation et l’organisation des ateliers constituaient une charge pesante pour eux. Nous nous demandons suivant quels arguments la négociation avec le MESRE a été faite, si tant est qu’elle ait été menée.
Les journées Abes sont une occasion rare et précieuse de passer du temps avec les membres de nos réseaux, d’avoir des interactions directes entre collègues de la France entière et parfois d’ailleurs, de célébrer le travail fait ensemble et de se projeter vers celui qui nous attend. C’est un moment important de la culture professionnelle du personnel de la documentation en France auquel les agent.es de l’Abes, aussi bien bibliothécaires, informaticiens qu’administratifs, comme ceux du réseau sont particulièrement attachés.
Comment ne pas avoir l’impression que c’est avant tout cette culture professionnelle, perçue par la direction comme un corporatisme étroit, qui est attaquée. Plusieurs signes en attestent : la disparition des services liés aux réseaux existants (publications en série, autorités, thèses) lors de la réorganisation, le désabonnement sans prévenir de la majorité des collègues de la filière bibliothèque de la liste de diffusion de l’ADBU, l’affirmation que nous donnerions une vision étriquée de nos missions en considérant les bibliothèques comme les principaux usagers de l’Abes, l’absence de l’ADBU et de représentants de nos usagers directs au sein du comité des « parties prenantes ».
Plus largement, entre ce rabotage dans les règles et l’avenir incertain que fait planer le changement du socle logiciel du SUDOC, un des derniers espaces de collaboration active et suivi entre institutions françaises de l’enseignement supérieur est en train d’être complètement démantelé.
Les dernières Journées Abes n’auraient sans doute pas été une fête, mais elles auraient au moins été l’occasion que l’Abes ne disparaisse pas avant même la fusion avec l’Amue, donnant l’impression de 30 ans de travail balayés. Des journées Abes 2026 au rabais sont impensables. Nous, personnels de l’Abes, ne voulons pas nous y résigner. Nous espérons que les membres de nos réseaux ne le voudront pas non plus !
